Droit de la famille et successions : les dangers de l'Intelligence Artificielle pour vos démarches
La démocratisation fulgurante des intelligences artificielles (IA) génératives pousse aujourd’hui de nombreux justiciables à interroger ces outils pour obtenir des conseils juridiques, voire pour rédiger des actes officiels (testaments, conventions de séparation, accords de garde d’enfants). Si la promesse d’une assistance immédiate et gratuite est séduisante, elle masque une réalité procédurale implacable : le droit français repose sur un formalisme strict que l’algorithme ne maîtrise pas.
L’illusion de la gratuité et de l’immédiateté
Une intelligence artificielle grand public fonctionne sur un modèle probabiliste : elle prédit la suite logique d’une phrase en se basant sur des milliards de données. Elle ne raisonne pas. Le droit, à l’inverse, est une science de la qualification et de l’analogie.
Lorsqu’un justiciable expose sa situation familiale à une IA, cette dernière génère une réponse statistiquement plausible, mais juridiquement aveugle. Elle est incapable d’auditer les subtilités d’un régime matrimonial, de déceler un vice du consentement ou d’anticiper les conséquences fiscales d’une libéralité.
Génération de testaments et conventions : un risque majeur de nullité
Le recours à l’IA pour la rédaction d’actes juridiques expose directement votre patrimoine et votre famille à des sanctions de nullité.
En matière de libéralités, l’article 970 du Code civil est d’ordre public : un testament olographe n’est valable que s’il est écrit en entier, daté et signé de la main du testateur. Un document généré par IA, imprimé puis simplement signé, est nul de plein droit. De même, un divorce amiable par consentement mutuel (article 229-1 du Code civil) exige impérativement la rédaction d’une convention contresignée par deux avocats distincts et indépendants, garantissant le respect du consentement des parties et l’équilibre des concessions réciproques. Aucun accord rédigé par un algorithme ne pourra être déposé au rang des minutes d’un notaire.
Le piège des « hallucinations juridiques »
Les intelligences artificielles sont sujettes à ce que les ingénieurs nomment des « hallucinations ». Elles peuvent inventer de toutes pièces des articles de loi, citer des jurisprudences fictives, ou amalgamer le droit français avec le droit anglo-saxon.
Appliquer à une succession française un principe issu du droit américain généré par erreur par une IA conduira irrémédiablement à un blocage chez le notaire, voire à un contentieux judiciaire long et coûteux. Par ailleurs, l’IA ignore totalement les pratiques locales et la jurisprudence spécifique des chambres des cours d’appel, pourtant déterminantes dans l’issue d’un litige.
Ce que l’IA ne remplacera jamais
L’acte d’avocat n’est pas qu’une simple formalité administrative ; c’est un bouclier juridique.
En confiant la défense de vos intérêts à un avocat, vous bénéficiez du secret professionnel absolu, d’une garantie de responsabilité civile professionnelle en cas de préjudice, et d’une analyse stratégique sur-mesure. L’empathie face à la détresse d’une séparation, la capacité à négocier âprement avec la partie adverse et l’élaboration d’une stratégie contentieuse devant le juge aux affaires familiales demeurent le privilège exclusif de l’humain.
Maître Marie-Alice PASCAL
Avocat à la cour et Docteur en Droit